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Les JO de Paris-2024 : les défis qui attendent la France ?

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Les JO de Paris-2024 : les défis qui attendent la France ?

Par Ghorban-Ali Khodabandeh

Dans moins d’un an désormais, la capitale française accueillera les Jeux Olympiques. Le compte à rebours est enclenché sur le site de Paris 2024. Les jeux Olympiques de Paris se dérouleront du 26 juillet au 11 août 2024, suivis des jeux Paralympiques du 28 août au 8 septembre.

Les organisateurs disent vouloir briser les codes, révolutionner les jeux et être accessibles au plus grand nombre, notamment avec la cérémonie d'ouverture qui se déroulera pour la première fois hors stade. Le défilé des athlètes aura lieu sur la Seine, à bord d'embarcations.

À moins d’un an des JO, les défis à relever sont encore nombreux : sécurité, transport, finances, hébergement, impact écologique. Quelques zones d'ombre entachent aussi les préparatifs : des perquisitions dans le cadre d'enquêtes judiciaires pour favoritisme et détournement de fonds publics ont eu lieu à la mi-juin 2023. La Cour des comptes pointe des incertitudes sur les dépenses du Comité d'organisation et dix travailleurs sans papier assignent leurs employeurs en justice : ils disent avoir été exploités sur les chantiers du village olympique.

La flamme olympique va parcourir la France entière pendant plus deux mois au printemps prochain. Le parcours de ce périple qui se veut « festif » malgré les menaces de perturbation par des activistes a été dévoilé en grande pompe vendredi 23 juin.

Le ministère de l'Intérieur craint que l'événement soit perturbé et envisage différents scénarios. Le pire : un attentat terroriste sur le parcours de la flemme. Gérald Darmanin redoute par ailleurs des actions militantes.

Deux mobilisations seront particulièrement surveillées : celle contre la réforme des retraites en raison du hashtag sur les réseaux sociaux « pas de retrait, pas de JO », et celle des activistes pour le climat, avec notamment le mouvement Extinction Rébellion.

Au ministère de l’Intérieur, on l’admet volontiers : les JO représentent un défi inédit en matière de sécurité publique et d’organisation.

Dans ce contexte, la France a mis en garde contre une recrudescence des menaces terroristes en Europe à l'approche des Jeux olympiques de Paris 2024 et a demandé l'aide des États-Unis, alors qu’elle se voit confrontée à d’innombrables défis internes.

A un an de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris, le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin s'est alarmé d'une montée de la menace terroriste en Europe, lors d'une récente visite aux Etats-Unis à qui il a réclamé un renforcement de la coopération contre le terrorisme et la grande criminalité.

« On est venu leur rappeler que pour les Européens et pour la France, le risque premier est le terrorisme et que la collaboration antiterroriste entre services de renseignement est absolument indispensable », a souligné Gérald Darmanin dans un entretien.

Alors que la France s'inquiète de la montée des menaces terroristes, elle est également confrontée à des défis internes. Depuis longtemps, différentes villes françaises sont le théâtre de grèves et de manifestations contre le plan controversé du gouvernement du président français Emmanuel Macron d'augmenter l'âge de la retraite, des grèves massives dans divers secteurs, notamment les raffineries, les aéroports, les universités et des projets liés aux Jeux olympiques de Paris 2024.

Par ailleurs, les violences, déclenchées par le meurtre le 27 juin de l’adolescent d’origine algérienne par un policier, inquiètent des professionnels du tourisme, et le gouvernement craint l’impact des troubles sur « l’image de la France ». 

Alors que les images des émeutes qui secouent la France ces derniers jours font la Une jusqu’à l’étranger, la question de la sécurité des Jeux olympiques 2024 alarme certains professionnels du tourisme.

Mais les protestations en France, qui suivent la mort de Nahel, 17 ans, lors d’un contrôle de police à Nanterre en banlieue parisienne, ne sont pas sans rappeler celles observées à Londres en 2011. Là aussi, des violences avaient secoué l’Angleterre à un an des Jeux de Londres de 2012, après la mort du jeune Mark Duggan, tué par la police.

Malgré la confiance affichée par les autorités, le fiasco de la finale de la Ligue des champions 2022 accueillie au Stade de France reste dans les têtes des organisateurs, et avec, la crainte d’un nouveau scandale sécuritaire.

A l’international, critiques et inquiétudes sont pourtant de mise. De l’Italie aux Etats-Unis en passant par le Royaume-Uni, la presse relève la division profonde de la France. Côté institution, l’ONU a récemment indiqué  au gouvernement de «se pencher sur les profonds problèmes de racisme et de discrimination raciale», alors qu’un commissaire européen invite Paris à «entamer une réflexion».

Les jeux Olympiques à Paris mettent alors sous tension la police et les forces de l’ordre françaises. Aucun des 250 000 policiers et gendarmes ne pourra prendre de congé aux mois de juillet et d’août 2024. Au pic du rendez-vous, le 26 juillet, date de la cérémonie d’ouverture, plus de 35 000 fonctionnaires de sécurité seront mobilisés.

Selon le directeur de la technologie de Paris 2024, Bruno Marie-Rose, les JO 2024 devraient être la cible de milliards de cyber-attaques, « huit à dix fois plus que les Jeux de Tokyo », des menaces accentuées par la cyber-guerre en Ukraine.

Pour les Jeux Olympiques de Tokyo en 2021, plus de quatre milliards de cyber-incidents ont été recensés, soit 815 par seconde. Un chiffre impressionnant mais très loin de ce qui pourrait arriver à Paris où huit à 10 fois plus de ces cyber-incidents sont redoutés.

Autre menace qui pèse sur la compétition : son timing. Les JO sont en effet organisés six mois avant l'ouverture à la concurrence du réseau d'autobus actuellement exploité en monopole par la RATP. Les syndicats de la Régie y sont très hostiles, ce qui fait redouter une grève à l'heure de la fièvre olympique.

Au-delà des infrastructures, le manque de conducteurs inquiète également. L'opérateur des transports publics parisiens a été mis à rude épreuve depuis l'été dernier, victime d'une pénurie de personnels, de difficultés à recruter, d'un absentéisme inquiétant et de grèves sporadiques.

D'autres questions restent en suspens : les aéroports seront-ils en capacité de gérer les millions de visiteurs ? Les adaptations nécessaires à la mobilité des personnes en situation de handicap seront-elles satisfaisantes ? Y aura-t-il des grèves, que nombre d'étrangers considèrent comme une spécialité française ?

Devant ces perspectives, l'Institut Montaigne, un centre de réflexion sur les politiques publiques en France, a déjà tiré la sonnette d'alarme : « Les solutions annoncées ne paraissent ni suffisantes, ni opérationnellement faisables ».

En dépit de tous ces défis et menaces, les JO de Paris 2024, ce grandiose événement planétaire, se veut un rendez-vous pour la paix, l’amitié et la fraternité et un symbole fort de l’unité de l’humanité dans toute sa riche diversité. Reste à savoir si la France sera apte à faire de ces Jeux olympiques, les premiers organisés dans la capitale française depuis un siècle, une réussite.

Ghorban-Ali Khodabandeh est un journaliste indépendant et analyste politique iranien basé à Téhéran.

(Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de Press TV)

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SOURCE: FRENCH PRESS TV